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34. Servant.Pi.R.

Le soir, dans ma chambre austère de séminariste, je me recueillis longuement sur mon prie-Dieu ; mais au lieu de demander au Seigneur de m'éclairer, je m'interrogeais sur les raisons qui avaient amené le Père à faire de moi son confident car nous étions de nombreux Aspirants prêtres et mes quelques amis me semblaient tout aussi dignes de confiance que moi.

 

 Le Supérieur avait encouragé mon activité sportive et favorisé mes multiples déplacements orientés en priorité dans les villages avoisinant VO.YU DOUX–AMER. Les curés de ces lieux m'y avaient accueilli et je les secondais dans l'exercice de leur ministère comme Servant. Avec eux, j'étais invité chez les fidèles : édiles ou modestes villageois.

Cette France profonde s'ouvrait pudiquement à moi de ses souffrances matérielles et morales dans un pays occupé et, jusque–là, je ne me trouvais autorisé à les aider qu'en sollicitant Dieu.

Il me suffirait de rappeler au Père supérieur mon activité sacerdotale pour « ... témoigner de ma foi dans un pays en guerre... »

Dans cet état d'esprit, je me rendis au rendez–vous.

 

En réalité, on attendait tout autre chose de moi.

 

– L'Eglise ne veut pas rester à l'écart de l'armée des Résistants qui quadrillent le pays dans l'ombre, me dit le Supérieur. Elle a levé plusieurs brigades de jeunes hommes vigoureux dévoués à sa cause, impliqués dans le tissu social et aptes à porter sa parole auprès de tous ceux qui refusent d'abdiquer. Et il ajouta :

 

– Sur ma proposition, ta candidature peut être retenue et, si tu en es d'accord, je t'autorise à quitter le séminaire pour rejoindre le 2ème Bureau militaire chargé de former son personnel...

 

Comment pouvais-je refuser ?

 Je te passe les détails de ma formation ; sache seulement qu'au Centre de Recrutement, je me liai d'amitié avec Félix GOBET. Il habitait VO.YU DOUX– AMER comme ses parents et ses grands–parents avant lui. Cette identité et ses compétences ethno–linguistiques l'avaient vraisemblablement amené jusqu'à nous.

 

Le prêtre me dit encore que sa nomination à VO.YU DOUX–AMER entendait qu'il exerce son sacerdoce en taisant sa mission secrète. Celle–ci consistait à rendre active une C.D.L (Cellule Dormante Légère) composée de trois membres. Pour le Commandement Opérationnel, le Servant DREUBOIS devenait Servant.PI.R. (Sigle issu de Pierre et de Réseau) ; Félix GOBET était mon adjoint. Nous devions recruter sur place un troisième membre : il s'appelait Boris DRALUOB. Notre cellule dormante ainsi constituée répondait désormais au  nom  de BO.FĖ.PI.R...»

 

J'étais impatient de savoir à quel moment mon grand–père avait été recruté et pour quelles compétences mais l'abbé se levait ; sans doute envisageait-il de poursuivre son récit chez GOBET. Ainsi, il me fallait encore attendre pour trouver dans son « ...pan de vie... » des évènements « ...auxquels je fus parfois associé...»

                                                 



Article ajouté le 2009-10-21 , consulté 8 fois

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